Avec une densité moyenne de 20 unités au m2, le petit moule offre un bon compromis entre le grand moule et la petite tuile plate, en termes d'élégance et de temps de pose. Les fabricants la déclinent en format paysage, en écaille et en de multiples coloris et finitions.

Le marché des tuiles en terre cuite dédiées à la couverture regroupe trois grandes familles. La tuile canal, en forme de gouttière, est la plus ancienne historiquement et l'emblème des régions du sud de la France. La tuile plate, autre tuile de tradition du nord de la Loire, se caractérise par son petit format (en moyenne 60 unités au m2) qui lui confère une esthétique incomparable. Enfin, l'apparition au xixe siècle des techniques de pressage a permis le développement de nouvelles formes plus légères : les tuiles à emboîtement, dites aussi mécaniques. Celles-ci englobent les tuiles grand moule (moins de 15 unités au m2, à aspect plat, faiblement ou au contraire fortement galbé pour s'inspirer directement des tuiles canal), et les tuiles petit moule, caractérisées par une densité de 15 à 22 unités au m2. La caractéristique principale de cette famille à emboîtement est de remplacer le principe de recouvrement entre tuiles, qu'utilisent la canal ou la plate pour assurer l'étanchéité du toit, par des emboîtements moulés sur les bords de la partie visible appelée pureau. Ainsi, la surface apparente est plus grande. Rapide à poser, nécessitant moins de matériau au m2, la toiture y gagne économiquement et autorise des charpentes plus légères. Développements réguliers en modèles et coloris

La tuile petit moule se présente sous deux formes : soit à pureau plat, pour imiter sensiblement la tuile plate ou l'ardoise, soit à relief, la partie droite étant légèrement ondulée pour donner du relief à la tuile. La plus proche de la tuile plate par son format, elle est par conséquent essentiellement ancrée au nord de la Loire. Si le modèle à relief, plus traditionnel, est concentré quasi uniquement dans le Nord-Pas-de-Calais et un peu en Picardie, le pureau plat se retrouve aussi bien en Normandie qu'en Bourgogne ou en Rhône-Alpes. Il est aussi très apprécié en Ile-de-France, son aspect plat créant une ligne plutôt contemporaine.

Essentiellement destiné à la maison individuelle et aux zones pavillonnaires, le petit moule ­représente environ 10 % du ­marché total de la tuile (soit 6 millions de m2 posés par an), avec une part en neuf a priori légèrement supérieure à celle de la rénovation. Relativement stable et mature, son marché suit les pics de croissance de celui de la maison individuelle. ­L'essentiel du marché étant ­détenu à 45 % par le grand moule fortement galbé. Ce qui n'empêche pas les fabricants d'innover. Pour 2008, Lafarge Couverture a ainsi prévu de renforcer son offre petit moule, avec un nouveau produit plat et à relief et une usine de fabrication. Également en 2008, même schéma chez Terreal avec une usine et plusieurs modèles de petit moule. Quant à Imérys, six nouveaux coloris ont été créés dans leur gamme petit moule depuis 3 ans. Des formes inédites pour imiter la tuile plate

Le principal intérêt de cette tuile repose dans le compromis esthétique et économique qu'elle offre entre le grand moule et la petite tuile plate. Esthétiquement, car sa densité de 20 unités/m2 offre sur une surface de toit moyenne de 150 m2, un aspect forcément plus élégant qu'un grand moule à 10 unités/m2, sans pour autant avoir le rendu incomparable d'une tuile plate à 60 unités/m2. D'autre part, la rapidité de pose et un « liteaunage » plus espacé la rend économiquement plus avantageuse. La charpente peut être également allégée, la charge étant plus faible avec un petit ou grand moule qui affichent en moyenne 45 kg au m2, contre 70 à 80 kg/m2 pour une couverture en tuiles plates. D'un point de vue fonctionnel, son poids unitaire moindre que celui du grand moule (en moyenne 2,5 kg contre 3,1 à 5,1 kg) est un avantage en terme de pénibilité de pose. Enfin, le grand moule, de par ses dimensions, peut s'avérer impossible à mettre en œuvre sur des toits aux formes courbes très marquées.

Côté produits, les fabricants différencient davantage leurs modèles par les coloris et les finitions que par leur format. À l'exception de la Rully (Terreal), la seule du marché à adopter un format paysage pour retranscrire encore plus le rendu de la tuile plate. Elle a d'ailleurs reçu un trophée du Design en 2005 à Batimat. Autre particularité de forme à souligner chez Imerys et Koramic, le galbe arrondi en partie basse de leur tuile Arboise écaille et Vauban 2 écaille, pour dupliquer au mieux la tuile plate écaille traditionnelle.Les différents coloris des industriels répondent avant tout aux traditions régionales : du rouge sombre et de l'amarante dans le Nord, du rouge et rouge brun en Bourgogne et Franche Comté, des teintes un peu plus claires tirant vers le jaune paille en Ile-de-­France. Pour un projet de ­l'architecte Jean-Michel Wilmotte, Terreal vient de développer une couleur dénommée sablé normand (un ton jaune ocre, finement strié de rouge) sur sa tuile Giverny à pureau plat. Fin 2006, Koramic a sorti Cottage, un mélange de huit nuances grésées sur un tesson rouge, proche notamment du style anglo-normand de la région Nord-Pas-de-Calais. À chaque fabricant, ses spécificités

Parallèlement à ces tonalités ­régionales, certaines gammes offrent des couleurs plus contemporaines, comme le coloris ­Celtoise (tuile Beauvoise d'Imerys Huguenot) aux reflets bleus verts. Côté finitions, les tuiles se déclinent en engobé, teinté masse, soit unies et lisses, soit plus rugueuses et mouchetées avec des contrastes de couleur, pour leur donner un aspect vieilli et patiné par le temps . L'aspect émaillé brillant ou mat, très présent dans le Nord de par l'influence flamande, est particulièrement présent chez Koramic avec 18 coloris (anthracite, bleu, vert, lie de vin, ­ardoisé.). Pour sa part, Imérys offre l'émaillage à la demande. Chez Koramic toujours, une finition lustrée est apparue récemment, caractérisée par un aspect vieilli et patiné classique mais revêtue en plus d'un revêtement brillant.

Si certains modèles anciens sont encore à simple emboîtement longitudinal (sur le côté gauche de la tuile), la plupart possèdent un double emboîtement, c'est-à-dire deux chicanes, pour une étanchéité supplémentaire. Double ou triple emboîtement également en tête de tuile pour le recouvrement, le triple emboîtement étant surtout utilisé dans les régions côtières. Des spécificités propres à chaque fabricant existent aussi. ­Woestelandt a créé un petit moule ­MonoRéno spécifiquement dédié à la rénovation. Le risque étant, lorsqu'on doit remplacer des tuiles manquantes ou cassées par de nouvelles, de ne pas « tomber juste », les tuiles d'un même moule pouvant avoir des dimensions légèrement différentes à cause du phénomène de retrait à la cuisson. Du coup, MonoRéno est calquée en terme d'aspect sur un autre modèle du fabricant, auquel elle se substitue en rénovation, avec des emboîtements élargis (10 à 12 mm) pour récupérer ces éventuels jeux. Koramic ­propose dans sa gamme Vauban à ­pureau plat, des tuiles d'aération basse qui évitent de poser des chatières peu esthétiques, ainsi qu'une tuile d'angle (Membron) qui fait la jonction entre la couverture et la façade (disponible quasiment pour toutes les tuiles à relief). Si tous les industriels déclinent les tuiles spéciales nécessaires aux points singuliers d'une toiture (faîtière, arêtier, rive, chatière.) ­Lafarge Couverture est le seul à proposer tous les composants constitutifs d'une couverture (écrans de sous-toiture, closoirs souples ou rigides ventilés, bandes de noue, peignes d'égout, tuiles en verre.). Autre particularité de ce dernier fabricant, la déclinaison de la tuile petit moule en un modèle béton à pureau plat. Si toutes les tuiles de périphérie (rive, faîtière.) doivent obligatoirement être fixées à la charpente, ce n'est pas le cas du reste de la couverture. Selon les régions de vent, la situation géographique et la pente du toit, les DTU imposent de fixer une tuile sur trois, sur cinq, etc.(voir encadré). Deux moyens de fixation sont prévus par les fabricants, le crochet de pannetonnage, qui vient solidariser la tuile au liteau, et le trou (1 ou 2 selon les modèles), prépercé en partie haute de la tuile, pour la visser ou la clouer sur le liteau. Le trou n'est d'ailleurs pas complètement percé pour éviter de générer des fuites d'eau au cas où la tuile ne serait pas fixée.

Fabricant SL Matériau Nom produit Caractéristiques Coloris Finition Type de pose Dimensions L x l (mm) Quantité/m2 Longueur du pureau (mm) Poids/m2(kg/m²) Prix t HT/m2 fourni/posé Céramiques Woestelandt 519 Terre cuite Tuile Tempête Pureau à relief, simple emboîtement profond, double recouvrement Rouge, vieilli, amarante Lisse mat Joints droits ± 305 x 220 21,5 ± 247 ± 40 28 à 35

520 Terre cuite Tuile MonoRéno Pureau à relief, simple emboîtement profond, double recouvrement Rouge, vieilli, amarante Lisse mat Joints droits ± 305 x 220 21 à 22 De ± 237 à ± 252 ± 42 28 à 35

521 Terre cuite Panne Flamande Pureau à relief, double emboîtement profond, triple recouvrement Rouge, vieilli, amarante Lisse mat Joints droits ± 355 x 235 20 ± 265 ± 52 28 à 35 Imerys Huguenot 522 Terre cuite Monopole n° 1 Pureau à relief, simple emboîtement, double recouvrement Terre d'amarante, rouge, amarante rustique, vieilli, nuancé, noir Lisse mat Joints droits 295 x 215 22 237 44 34 à 43

523 Terre cuite Beauvoise Pureau plat, double emboîtement, double recouvrement Flammé rustique, ardoise, terre de Beauce, chevreuse, celtoise Poudrée Joints croisés 313 x 235 20,5 244 45,1 40 à 49

Imerys Jacob 524 Terre cuite Arboise écaille Pureau plat, double emboîtement, double recouvrement Rouge, rouge ancien, vieilli masse, ardoisé, chevreuse Lisse mat, poudrée Joints croisés 320 x 235 22,5 220 44 41 à 50

Koramic 525 Terre cuite Vauban 2 droite et écaille Pureau plat, double emboîtement, double recouvrement Rouge, nuagé, amarante, brun, ardoisé, grésé Bourgogne, grésé Champagne Naturelle,nuagée, grésée, engobée Joints croisés 366 x 202 22 (lattage maxi) 268 (20 mm de jeu) 48,4 46 à 48

526 Terre cuite Tempête 44 Pureau à relief, simple emboîtement, double recouvrement Rouge, amarante, rustique, cottage, vieux cuivre, lustré, anthracite, gris ardoisé émaillé mat, noir émaillé, lie de vin émaillé, violine Naturelle, vieillie, grésée, engobée, émaillée Joints droits 300 x 220 21 (lattage moyen) 246 42 40 à 48

527 Terre cuite Vieille panne 451 Pureau à relief, tuile à glissement Amarante, rustique, rouge anthracite, gris ardoisé émaillé mat, bleu fumé, vieilli naturel, vieilli fumé Naturelle, vieillie, engobée,émaillée Joints droits 355 x 250 19,5 (lattage moyen) 280 55,5 46 à 55

Lafarge Couverture 528 Terre cuite Régence Pureau plat, double emboîtement, double recouvrement Rouge, noir, brun masse, brun vieilli, terron Uni et vieilli Joints croisés 328 x 226 19,7 271 43,3 NC

529 Terre cuite Postel Pureau à relief, simple emboîtement, double recouvrement Rouge, garance, brun artois, valmagne rustique, noir Uni et vieilli Joints droits 298 x 222 21,4 241 36,4 NC

530 Béton Palace Pureau plat, emboîtement longitudinal et à glissement Noir, rustique Uni et flammé Joints croisés 380 x 230 16,4 à 19,6 (selon pureau) 305 à 255 45,9 à 54,9 NC

Terreal 531 Terre cuite Rully Pureau plat, double emboîtement, double recouvrement Sablé champagne, vieilli bourgogne Vieilli Joints croisés 260 x 370 20 160 54 À partir de 28e du m2 fourni posé

532 Terre cuite Giverny Pureau plat, double emboîtement, double recouvrement Rouge flammé, sablé champagne, ardoisé, brun Vieilli et flammé Joints croisés 334 x 245 18 273 43 À partir de 25e/m2 fourni posé

533 Terre cuite Côte Fleury Pureau à relief, double emboîtement, double recouvrement Rouge flammé, brun, rouge, ardoisé Vieilli et flammé Joints droits 331 x 245 18 272 41 À partir de 25e du m2 fourni posé

Note :

Tableau réalisé en fonction des réponses des fabricants. Liste non exhaustive.

Guide de prescription de la tuile petit moule

Les quatre DTU qui régissent la mise en œuvre des tuiles en terre cuite établissent un classement en fonction de leur forme et non pas de leur taille. Deux d'entre eux concernent le petit moule :

- DTU 40.21 : couvertures en tuiles de terre cuite à emboîtement ou à glissement à relief.

- DTU 40.211 : couvertures en tuiles de terre cuite à emboîtement ou à glissement à pureau plat.

Trois critères principaux interviennent en terme de mise en œuvre : la pente du toit, la charpente et la fixation.

Les pentes dépendent de quatre facteurs :

- les zones de concomitance vent/pluie, définies par le DTU en terme d'éloignement à la mer et d'altitude.

- La situation locale (protégée, normale ou exposée vis-à-vis des effets du vent).

- La taille de la tuile (petit ou grand moule).

- La présence ou non d'un écran de sous-toiture, qui permet d'abaisser la pente. Celui-ci peut être souple (bitumineux), ou rigide (maçonnerie, terre cuite, bois).

L'ensemble de ces facteurs est résumé dans les tableaux suivants :

En comparaison avec les grands moules, ces derniers autorisent des pentes minimales moins importantes (plus le format est grand, moins il y aura de joints sur la couverture, donc moins de risque d'infiltration d'eau). L'écran de sous-toiture permet au petit moule de se rapprocher des pentes du grand moule sans écran, la seule configuration où il « rattrape » cette pente étant la zone I en site protégé (configuration rare).

Deuxième critère qui entre en jeu, la charpente, ou plus exactement le dimensionnement des liteaux. Si l'espacement entre liteaux est fixé par le pureau de la tuile, leur section est calculée par rapport à la charge de neige (définie par une formule de calcul qui fait intervenir la zone et l'altitude), à laquelle on rajoute une charge permanente liée au poids des tuiles.

Dernier critère enfin, la densité de fixation des tuiles, qui dépend des régions de vent (3 régions de vent, différentes des zones de concomitance vent/pluie), de la situation (protégée, normale ou exposée) et de la pente de la couverture.

Dans certaines configurations d'ailleurs, aucune fixation sur le rampant n'est imposée.

   Situation       Zones d'application

Zone 1 Zone 2 Zone 3 Sans écran ProtégéeNormale Exposée 0,400,500,70 0,500,600,80 0,600,700,90 Avec écran ProtégéeNormale Exposée 0,350,450,60 0,450,500,70 0,500,600,75

   Situation       Zones d'application

Zone 1 Zone 2 Zone 3 Sans écran ProtégéeNormale Exposée 0,550,600,80 0,600,700,90 0,700,801,0 Avec écran ProtégéeNormale Exposée 0,450,500,70 0,500,600,75 0,600,700,85

G. D. © Les Cahiers Techniques du Bâtiment n° 268 du 01/03/2007