Fraises espagnoles/ scandale écologique
Par Evegau le lundi 14 avril 2008, 21:06 - . Eco-consommation - Lien permanent
Très instructif !
D'ici à la mi-juin, la France aura importé d'Espagne plus de 83 000 tonnes de fraises. Enfin, si on peut appeler «fraises» ces gros trucs rouges, encore verts près de la queue car cueillis avant d'être mûrs, et ressemblant à des tomates. Avec d'ailleurs à peu près le goût des tomates...
Fraises espagnoles/ scandale écologique
Si le seul problème posé par ces fruits était leur fadeur, après tout, seuls
les consommateurs piégés pourraient se plaindre d'avoir acheté un produit qui
se brade actuellement entre deux et trois euros le kilo sur les marchés et dans
les grandes surfaces, après avoir parcouru 1 500 km en camion. À dix tonnes en
moyenne par véhicule, ils sont 16 000 par an à faire un parcours valant son
pesant de fraises en CO2 et autres gaz d'échappement. Car la quasi-totalité de
ces fruits poussent dans le sud de l'Andalousie, sur les limites du parc
national de Doñana, près du delta du Guadalquivir, l'une des plus fabuleuses
réserves d'oiseaux migrateurs et nicheurs d'Europe.
Il aura fallu qu'une équipe d'enquêteurs du WWF-France s'intéresse à la
marée montante de cette fraise hors saison pour que soit révélée l'aberration
écologique de cette production qui étouffe la fraise française (dont une
partie, d'ailleurs, ne pousse pas dans de meilleures conditions écologiques).
Ce qu'ont découvert les envoyés spéciaux du WWF, et que confirment les
écologistes espagnols, illustre la mondialisation bon marché.
Cette agriculture couvre près de six mille hectares, dont une bonne centaine
empiètent déjà en toute illégalité (tolérée) sur le parc national.
Officiellement, 60% de ces cultures seulement sont autorisées; les autres sont
des extensions «sauvages» sur lesquelles le pouvoir régional ferme les yeux en
dépit des protestations des écologistes.
Les fraisiers destinés à cette production, bien qu'il s'agisse d'une plante
vivace productive plusieurs années, sont détruits chaque année. Pour donner des
fraises hors saison, les plants produits in vitro sont placés en plein été dans
des frigos qui simulent l'hiver, pour avancer leur production. À l'automne, la
terre sableuse est nettoyée et stérilisée, et la microfaune détruite avec du
bromure de méthyl et de la chloropicrine. Le premier est un poison violent
interdit par le protocole de Montréal sur les gaz attaquant la couche d'ozone,
signé en 1987 (dernier délai en 2005); le second, composé de chlore et
d'ammoniaque, est aussi un poison dangereux: il bloque les alvéoles
pulmonaires.
Qui s'en soucie? La plupart des producteurs de fraises andalouses emploient
une main-d'oeuvre marocaine, des saisonniers ou des sans-papiers sous-payés et
logés dans des conditions précaires, qui se réchauffent le soir en brûlant les
résidus desserres en plastique recouvrant les fraisiers au coeur de
l'hiver.
... Un écologiste de la région raconte l'explosion de maladies pulmonaires
et d'affections de la peau.
Les plants poussent sur un plastique noir et reçoivent une irrigation qui
transporte des engrais, des pesticides et des fongicides. Les cultures sont
alimentées en eau par des forages dont la moitié ont été installés de façon
illégale. Ce qui transforme en savane sèche une partie de cette région
d'Andalousie, entraîne l'exode des oiseaux migrateurs et la disparition des
derniers lynx pardel, petits carnivores dont il ne reste plus qu'une trentaine
dans la région, leur seule nourriture, les lapins, étant en voie de
disparition. Comme la forêt, dont 2 000 hectares ont été rasés pour faire place
aux fraisiers.
La saison est terminée au début du mois de juin. Les cinq mille tonnes de
plastique sont soit emportées par le vent, soit enfouies n'importe où, soit
brûlées sur place. ... Et les ouvriers agricoles sont priés de retourner chez
eux ou de s'exiler ailleurs en Espagne. Remarquez: ils ont le droit de se faire
soigner à leurs frais au cas ou les produits nocifs qu'ils ont respiré
...
La production et l'exportation de la fraise espagnole, l'essentiel étant
vendu dès avant la fin de l'hiver et jusqu'en avril, représente ce qu'il y a de
moins durable comme agriculture, et bouleverse ce qui demeure dans l'esprit du
public comme notion de saison. Quand la région sera ravagée et la production
trop onéreuse, elle sera transférée au Maroc, où les industriels espagnols de
la fraise commencent à s'installer. Avant de venir de Chine, d'où sont déjà
importées des pommes encore plus traitées que les pommes
françaises...
PAR C-M V Politis jeudi 12 avril 2007