L’attractivité de nos différents (et si riches !) territoires et au bien-être de leurs habitants, nous le détruisons méthodiquement.

Après plusieurs années d'expérience de terrain, l'ASMA peut affirmer que nous sommes très certainement la région de France où le plus de bâtiments anciens sont détruits. 700 maisons en danger sont actuellement repérées par notre Association (il y en a probablement plus du double) et plus de 50 dossiers d'urgence sont gérés par nos équipes, composées notamment de professionnels spécialistes du bâti ancien (architectes, urbanistes, ingénieurs, artisans, géographes, économistes). L’année dernière, nous avions alerté Philippe Richert lors d’un rendez-vous où nous lui avions présenté cette situation alarmante. Elle ne fait qu’empirer. Or, nous ne sommes que de modestes bénévoles qui pallient les carences complètement hallucinantes de l'Etat et de la plupart de nos élus en matière de préservation et de réhabilitation du bâti ancien, dont on vante et vend pourtant tellement l'image de carte postale. Le manque de sensibilisation, de compétences et de connaissances sur le sujet est effarant. L’absence de prise de conscience et de courage politique également.

- A Haguenau, cette demeure sera bientôt démolie pour laisser place à un immeuble en béton tristement banal, énième aberration écologique, patrimoniale et urbaine. Un recours gracieux a été déposé par l’ASMA. Les élus contactés, quant à eux, n’ont pas répondu.

- A Wolfisheim, une adorable maison à colombages du XVIIIe siècle a été arrachée pour faire place à un parking, et il est ainsi justifié dans les médias « Le stationnement ainsi créé (...) permettra de créer de l’espace au centre du village densifié par des opérations de logements sociaux ces dernières années ». Traduction : on surdensifie de manière anarchique avec du moche et ensuite on détruit le patrimoine pour créer de l'air, de la place... enfin un parking. Et pourtant, il y avait un acquéreur pour restaurer.

Qu’importe, il a été choisi de préempter pour détruire, en toute connaissance des alternatives crédibles. A quelques mètres, rue de la Mairie, un complexe immobilier achève de casser la cohérence des pignons sur rue en créant un véritable mur de garages à la place d'un corps de ferme dont le Haguenau

- A Hochfelden, la commune a validé le permis de démolir d'un promoteur qui prévoit de raser un ensemble parfaitement cohérent en pierre, alignant ses pignons et son porche sur la rue. Il eut pourtant été parfaitement envisageable de simplement construire à l'arrière et d'envisager une restauration qualitative des bâtiments. Mais, encore une fois, pourquoi se prendre la tête puisque la commune trouve ça apparemment très bien de défigurer son village avec des constructions qui détruisent l'homogénéité urbaine initiale.

Dans sa logique économique, le promoteur a bien raison de ne pas se compliquer l'existence et de chercher une opération lui permettant légalement de faire une marge la plus importante possible. C’est là où le Politique, contenant les intérêts privés pour les adapter au bien-être général devrait intervenir ; mais s’il n’en a cure, qui peut s’y opposer ? L’ASMA a déposé un recours gracieux, mais la suite de ce dossier dépendra du courage politique, quand la globalité du problème appelle une prise de conscience à une toute autre échelle.

- A Hirtzfelden, il se dit que ce corps de ferme serait bientôt démoli. Certains élus et le propriétaire contactés y sembleraient tout à fait favorables, argumentant que cet ensemble « trop vieux, au moins 200 ans ! » serait une ruine et menacerait la voie publique.

- A Aspach-le-Haut, la commune va démolir une des dernières maisons anciennes du village, du 18e siècle, parfaitement restaurable… Pour la remplacer par un parking. Des alternatives crédibles tenant compte des besoins de la commune ont été proposées par des professionnels bénévoles, mais c’est une fin de non-recevoir qui leur a été adressée.

Manifestement trop compliqué comme gymnastique intellectuelle, trop simple un coup de bulldozer. Un recours gracieux a été déposé, le dossier suit son cours.
- A Weitbruch, la commune a fait l’acquisition d’un corps de ferme et son logis XVIIIe comme « réserve foncière », vraisemblablement

Le plus ancien du village ; les tuiles ne sont même pas remplacées, il dépérit à vue d’oeil. On attend qu’il devienne vraiment une verrue, qu’il soit vraiment « bon à raser » pour se décider à faire quelque chose… C’est-à-dire « faire place nette ». Et pourtant, il n’en reste pas beaucoup de cette qualité dans le village, mais qu’importe on dirait...

- A Rixheim, une adorable maison appartenant à la commune est laissée à son triste sort ; pire, des rangées de tuiles ont été enlevées par les services municipaux eux-mêmes pour « couvrir un autre bâtiment communal ». Peut-on croire que la commune ne dispose pas des moyens suffisants pour faire l’acquisition de quelques dizaines de tuiles, ou peut-on envisager un acte de dégradation délibéré ?

- A Elsenheim, un imposant corps de ferme à colombages (enduit) du XVIIIe, en plein centre du village a été rasé. Il sera remplacé par un périscolaire. On aurait pu se dire qu'il y avait là un projet de restauration intéressant et pédagogique à faire pour des enfants : leur permettre de grandir dans un lieu dont ils sont les héritiers et de s'approprier l'histoire de leur village. On aurait pu imaginer un chantier participatif. Non, les enfants viendront dans un bâtiment qui défigurera probablement le centre du village et ne leur apprendra rien de leur histoire. Sans laisser l’ASMA, qui a contacté les élus, proposer un diagnostic et envisager des alternatives crédibles.

- A Benfeld, la commune laisse dépérir un ensemble dont une maison datant probablement de la fin du XVIIe. On est en co-visibilité avec un monument historique, alors elle ne pourra probablement pas démolir des édifices si importants. L’astuce qui semble avoir été trouvée pour contourner des « rabat-joie » ? Eh bien le laisser s’effondrer. On le regarde agoniser, on parle peut-être de « verrue » à ses administrés, ou on appuie le parking tant attendu pour « redynamiser un centre bourg »… Qui aurait plutôt besoin d’une valorisation piétonne et patrimoniale, pour qu’on apprécie à nouveau y flâner.

Car le potentiel est là mais ne peut se développer sans écoute et concertation.

- A Schoenenbourg, dans le Parc Naturel Régional des Vosges du Nord, un superbe presbytère de 1756 parfaitement restaurable a ainsi été démoli par la commune et ses éléments « nobles » ont été transformés en parterre de fleur. La raison ? Trop cher de restaurer. Et pourtant, le bâtiment qui trônera à sa place coûtera plus de 450 000€. Nul doute que beaucoup d'architectes auraient été à même de proposer un devis pour une restauration avec un budget pareil !

D'ailleurs, la commune de Schoenenbourg avait été sollicitée par un acquéreur privé il y a 5 ans qui avait un projet de restauration.

Elle n'a pas donné suite et n'a à notre connaissance jamais cherché à vendre ce bâtiment remarquable au lieu de le détruire. Elle disposait pourtant d’architectes spécialistes du bâti ancien par l’intermédiaire du PNRVN, qui auraient été à même de donner un diagnostic fiable, gratuit et objectif… Ils n’ont même pas été sollicités. - Et nous ne pouvons pas tous les évoquer, tout d’abord car leur nombre est trop important mais aussi parce que certaines négociations sont en cours. Qu’on le veuille ou non, c'est celle-ci la véritable image de l'Alsace du début du XXIe siècle. Pas celle d'Eguisheim.

Disons-le sèchement, l'ASMA est particulièrement lasse de ces communes qui, en invoquant des raisons sanitaires ou financières que de véritables professionnels analysent souvent comme aberrantes, saccagent le Patrimoine commun des Alsaciens.

Alors que dans la plupart des cas, si on accepte de réfléchir un peu, des solutions alternatives crédibles existent bel et bien.

L'ASMA, avec les moyens bénévoles qui sont les siens, se veut avant tout force de pédagogie et de conseil. Nous produisons du constructif au quotidien, plus que jamais ancrés dans le réel et disposant d’une expertise reconnue. Mais si les élus ne réagissent pas, l’attractivité de notre région sera réduite à celle de quelques villages alsaciens en mode « Disneyland », et le reste du territoire sera composé de villages mités, les rares vestiges de maisons alsaciennes encore présents dans les villages seront muséifiés.
Et nos villages ressembleront à ceux de la périphérie parisienne en un rien de temps. Tellement communs, tellement uniformes, tellement tristes.

Alors que l’évidence est pourtant là : la maison alsacienne structure nos villages, est composée de matériaux sains, écologiques, et locaux; elle nécessite un savoir-faire local de qualité, valorisant, et non délocalisable ; sa préservation est extrêmement importante pour maintenir le tissu urbain de nos villages mais aussi garantir la mixité sociale et générationnelle tout en luttant contre l'étalement urbain; enfin, elle est un pilier économique fondamental et non délocalisable pour notre région, car elle participe à la beauté de nos territoires et donc à leur attractivité touristique.

Parce que la maison alsacienne est écologique, belle, durable, locale, attractive, saine, et naturelle ; Parce qu'elle garantit le bien-être de notre génération tout en préservant celui des générations futures; Parce qu'elle est à même de répondre à de nombreux défis écologiques, patrimoniaux, sociaux, environnementaux, et économiques;

Elle est simplement la maison du 21e siècle, socle fondamental nous reliant à notre passé et à même de relever nombre de défis pour nous construire un meilleur Avenir.
Gageons que nos politiques, à l’échelle municipale, départementale ou régionale, en prennent conscience avant qu’il ne soit trop tard.

Car ce sera bientôt le cas.

L’équipe ASMA